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House of Prose, maison de curiosités végétales

À chaque évènement convient sa fleur. C’est ce que Juliana Metheyer et Alison Lascaront bien compris lorsqu’elles ont créé leur studio floral House of prose au printemps 2023. Deux jeunes femmes reconverties qui voient s’épanouir leur carnet d’adresses pour fleurir les dîners et les showrooms de marques renommées. Le tout sans jamais perdre de vue leur style singulier et leur engagement écologique. Rencontre avec les deux fondatrices installées en banlieue parisienne.


La petite trentaine, elles opèrent à deux dans l’atelier des grands-parents de Juliana pour créer des compositions adaptées à toutes sortes d'événements et de lieux, du banquet à la galerie d’art. Tout autour d’elles, un lieu qu’elles ont entièrement rénové et réaménagé pour répondre à leurs envies créatives et florales. Un espace de liberté rêvé par les deux femmes qui, malgré leur jeune âge, ont trouvé dans le métier de la fleur leur domaine de reconversion.


Comment la décision de devenir fleuristes s’est-elle imposée dans votre carrière ?

On était journaliste (pour Juliana, ndlr) et designer d’espace (pour Alison, ndlr). On se sentait déconnectées, tout en étant connectées derrière nos écrans. On voulait retrouver la base artistique et créative de nos métiers qu’on avait la sensation d’avoir perdue de vue... Alors on a fait une alternance pour devenir fleuristes, et c’est en travaillant dans une boutique qu’on s’est rencontrées, directement sur le terrain.


D’où est née cette envie de travailler avec les fleurs chez toi, Juliana ?

Quand j’étais adolescente, j’étais bonne élève, alors mes parents m’ont dit de faire de grandes études. Fleuriste n’était pas vraiment envisageable, mais j’avais cette idée qu’à 50 ans, je quitterais mon boulot pour être fleuriste. Finalement, c’est arrivé plus tôt que prévu : j’ai grandi au Costa Rica où tout est vert, et en étant confinée à Paris, j’ai ressenti le besoin d’être plus connectée à la terre et au végétal. Aujourd’hui, je me rends compte que ça a changé ma vie d’être entourée de végétal au quotidien, d’être dans un atelier vivant. Cela a répondu à plusieurs de mes besoins : l’indépendance professionnelle, la reconnexion avec la nature, l’aspect manuel...Des choses que je cherchais et que je n’avais plus depuis que j’étais en France.


Et pour toi, Alison ?

De mon côté, c’est au contraire venu de mon environnement familial ! Mon père aimait jardiner et fleurir le jardin, et c’est en l’aidant que je me suis rendu compte que j’aimais ça. Pendant mes études de design d’espace je tournais beaucoup autour de la nature dans mes projets, et j’ai compris qu’il y avait quelque chose à creuser de ce côté-là. Je voulais continuer de travailler dans la scénographie mais en choisissant un milieu moins exigeant en matière de réseau, tout en conservant le côté manuel et créatif qui m’avait plu au départ.



Est-ce que votre collaboration a tout de suite été évidente ?

On a commencé à travailler ensemble dès notre rencontre pendant notre alternance, ça unit beaucoup :on se soutient et ça crée des liens.On commençait toutes les deux,il fallait gérer les galères, mais ça se passait super bien. On est toutes les deux Gémeaux, mais on est vraiment les deux faces opposées du signe. Cela dit, on se complète parfaitement et on va naturellement vers des tâches différentes pour lesquelles chacune se sent plus à l'aise que l'autre.


Quel a été l'accueil de House of Prose dans le milieu de la fleur ?

C’était un peu difficile au début, surtout à Paris, de débarquer dans un milieu très installé et assez masculin. On était les énièmes “néo- fleuristes”... On ressentait le syndrome de l’imposteur. Quelle était notre légitimité à imposer notre vision auprès des clients, à dire non à certaines demandes ? On s'est lancées directement après notre première année d’alternance en boutique, alors que certains continuent leur cursus avec une deuxième année plus orientée vers l’événementiel, quitte à apprendre sur le tas. Et c’est ce qu’on a fait : on s’est adaptées et on a trouvé des solutions aux problématiques et aux demandes de nos clients. Pour le moment, on est très contentes de leur accueil. Lorsque ce sont des marques qui ont entendu parler de notre travail et qui nous contactent, c’est toujours flatteur.


Quels types d’événements avez-vous déjà eu l’occasion de fleurir ?

On a commencé par une collaboration avec les céramistes de Bello et Bello. On adorait leur direction artistique, alors on a programmé un shooting au mois de mars 2023 pour mettre en scène leurs pièces en les fleurissant. On a shooté en hiver, c’était dur de trouver des variétés de fleurs, mais Jade (la cofondatrice de Bello et Bello, ndlr) est tellement créative qu’elle a su faire exactement ce qu’on imaginait. Ensuite, on a fleuri le showroom dela marque Bocage, proposé des ateliers pour les clients de Ganni, des dîners de marques de mode aussi, un shooting pour le book d’un chef... Plus on fait de projets, plus le bouche- à-oreille prend et on reçoit de nouvelles demandes de marques !


Les marques vous laissent-elles carte blanche, ou ont-elles des demandes très spécifiques ?

Il y a des marques qui savent ce qu’elles veulent et qui nous envoient un moodboard. D’autres demandent juste certaines couleurs, ont un thème ou un concept autour duquel on travaille. Dans ce cas, on prend des photos de l’endroit à mettre en scène et c’est Alison qui fait un dessin de ce qu’on imagine avec les différentes variétés de fleurs de saison qu’on souhaite utiliser. Ça permet aux clients de comprendre notre vision, de visualiser les fleurs qu’ils ne connaissent pas forcément.



Vous choisissez vos fleurs en fonction des saisons, mais aussi de certains critères écologiques...

Oui, on fait partie du Collectif de la fleur française et on aimerait proposer uniquement des fleurs locales provenant de fermes florales situées aux alentours de Paris. Malheureusement, nos quantités de commande sont fluctuantes et ce n’est pas facile de s’en tenir aux fleurs de proximité. On a dû s’adapter et se fournir à Rungis qui est près de l’atelier, mais il n’y a qu’une petite dizaine de fournisseurs 100 % français. Les marques sont parfois aussi réticentes aux prix des fleurs françaises, qui sont plus chères que celles provenant de Hollande par exemple. Au départ, on souhaitait ne proposer que des fleurs françaises, tout composter, avoir une démarche très verte... On a dû assouplir cette ambition, et c’est un peu frustrant de ne pas pouvoir être 100 % éthique, mais on essaye d’éveiller les marques, de proposer des options de saison lorsqu’on nous demande des variétés qui ne poussent qu’à l’autre bout du monde, et on refuse d’utiliser des fleurs exotiques telles que les orchidées.


Les marques vous suivent-elles dans cette volonté de démarche écologique ?

Certaines nous contactent pour cet engagement pour les fleurs françaises, d’autres changent d’avis lorsqu’elles voient le prix des variétés nationales... Cela dépend ! Lorsque les marques repèrent des fleurs qu’ils souhaitent pour leurs évènements sur Pinterest, ils ne se rendent pas forcément compte qu’il s’agit de variétés exotiques poussant à l’autre bout du monde et qu’il faudrait faire voyager des milliers de kilomètres. Idem lorsque les fleurs ne sont pas de saison. En hiver par exemple, il y a moins de variétés,il faut savoir s’en accommoder et proposer des compositions avec de beaux feuillages, des branchages, des amarantes séchées qu’on aime beaucoup, des légumes aussi parfois. À Rungis,on quitte le rayon des fleurs et on va chercher des choux de Bruxelles, des choux et autres légumes... C’est très tendance dans les banquets.


Le tout est de réussir à conserver votre patte et votre univers si particulier...

Exactement ! Lorsqu’on travaille avec des marques, on veut leur faire plaisir, mais il faut aussi savoir dire non et garder son identité.On s’affirme de plus en plus et aujourd’hui, nous n’avons plus peur de rediriger ou de conseiller d'autres possibilités. Cela nous tenait à cœur de proposer quelque chose de très joyeux et coloré, et non des compositions trop minimalistes, sombres et tristes. On aime les couleurs utilisées par Wes Anderson dans ses films : des coloris chauds – même si le froid fait très luxe et fashion. D’ailleurs, on travaille avec des marques très vintage et pop qui aiment cette esthétique tout droit sortie d’Alice au pays des merveilles : avec des fleurs de pensées, des personnages truculents et un univers un brin perché...•


houseofprose.fr © Photographes : Yohan Burel et Jade Ladeyn

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